
Les bateaux Viking de Roskilde
Posté le Mercredi 18 février 2009dans Danemark, Fjord, Histoire, Islande, Musées, Pays, Vikingspar Alexandre RosaImprimer

Si aujourd’hui un géant américain aux grandes oreilles fait découvrir l’Atlantique Nord aux touristes à bord de ses paquebots de luxe géants, il n’en était pas de même il y a mille ans. A l’époque des Vikings, la technologie de navigation nordique était pourtant déjà la plus avancée du monde. Ces peuples conquérants ont exploré les océans plus que n’importe quelle autre civilisation, et ce grâce à leurs incroyables bateaux.
On les appelle souvent "drakkar" mais c’est une erreur. Ce mot, forgé au 19ème siècle, proviendrait d’un mot viking, dreki, qui signifie "dragon". Ces "bateaux viking", donc, ont malheureusement disparu pour la plupart. Mais il existe quelques musées en Scandinavie où l’on peut admirer quelques exemplaires particulièrement bien conservés. Le Viking Ship Museum (Vikingeskibsmuseet) de Roskilde, à 30 kilomètres à l’ouest de Copenhague, abrite ainsi quelques trésors.
Fondée au 10ème siècle par les vikings, Roskilde était la première capitale du Danemark. Elle a été construite sur une butte au fond d’un grand fjord à la danoise, c’est à dire pas très profond et sans montagne qui le domine. Une situation idéale pour le commerce par voie maritime, mais également une voie royale pour les pillards. On pense qu’il y a 1000 ans, une importante flotte en provenance de Norvège a tenté une attaque surprise sur Roskilde. Las, les danois avaient prévu un système de guet et les occupants de la ville furent prévenus à temps grâce à une succession de signaux de fumée commencés à l’entrée du fjord dès l’arrivée des premiers attaquants.
Afin de stopper, ou tout du moins ralentir les assaillants, les habitants de Roskilde remplirent cinq de leurs plus grands bateaux de pierres afin de les couler au centre du fjord. Un barrage efficace, car à cet endroit le fjord n’est profond que d’un mètre seulement. A la fin des années 1950, les épaves conservées au fond de l’eau furent retrouvées. On pompa l’eau autour des restes qui furent récupérés morceau par morceau en 1962. 100 000 fragments furent ainsi rassemblés et numérotés.
En 1969, on inaugura un bâtiment créé spécialement pour accueillir les reconstitutions de ces imposants navires, alors qu’aucun d’entre eux n’était terminé. Il s’agissait avant tout de montrer le travail effectué par les archéologues : réajuster méticuleusement et scientifiquement tous les fragments retrouvés autour d’une structure métallique reproduisant la forme du bateau tel qu’il était à l’époque viking. Si les bateaux n’ont pas pu être totalement reconstitués, le résultat obtenu n’en est pas moins exceptionnel.
Depuis plus de trente ans, ces cinq embarcations millénaires sont donc de retour dans leur milieu naturel, face au fjord visible à travers les grandes baies vitrées du musée.
Le plus long d’entre eux est un bateau de guerre qui mesure 30 mètres de long. Il pouvait embarquer une troupe de 70 à 80 vikings. Mais le bateau le mieux conservé est un navire marchand de 14 mètres de longueur qui a navigué dans la Baltique et le détroit de Sund. Les autres bateaux sont un transporteur de haute-mer, un bateau long et un ferry.
A l’extérieur du musée à proprement parler se trouve une île sur laquelle les archéologues, accompagnés de passionnés, continuent de construire des bateaux vikings avec les méthodes de l’époque. On peut d’ailleurs s’essayer aux anciens métiers maritimes (forge, corderie), goûter au hareng sorti des fûts ou admirer les artisans au travail au milieu d’une forte odeur de copeaux et de sciure.
C’est de cet atelier en plein air qu’est sorti le Skuldelev, une réplique grandeur nature de l’un des bateaux retrouvés au fond du fjord et exposé au musée. Ce bateau de 30 mètres de long a été mis à l’eau en 2004 et, comme le fit le bateau original en 1042, accomplit le voyage jusqu’à Dublin pendant l’été 2007 avec une soixantaine de rameurs et de scientifiques à son bord. En 2008, ces marins volontaires reprirent la mer à bord du même bateau pour le faire revenir jusqu’à Roskilde. C’est l’histoire du Sea Stallion de Glendalough, comme le raconte cette vidéo :
Si l’on met de côté l’utilisation de vêtements modernes, de cartes et GPS, et du fait que les navigateurs n’étaient pas vraiment seuls au milieu de l’océan (le but n’étant pas que quelqu’un se tue ou tombe gravement malade), le voyage a été réalisé dans les règles de l’art des viking.
Souvenons-nous que c’est dans un bateau similaire que les vikings ont traversé l’Atlantique Nord pour la première fois, cinq siècles avant Christophe Colomb. En partant d’Islande et en faisant cap à l’ouest, Erik le Rouge a en effet contourné le Groënland pour arriver à Terre-Neuve, au Canada. Lui et ses vikings y ont campé pendant de longs mois mais sans jamais coloniser la région, déjà occupée par des indiens hostiles face à l’arrivée de ces intrus. D’autres historiens affirment que les vikings n’ont rien trouvé au Canada qu’ils n’avaient en Scandinavie, sans compter les temps de trajet beaucoup plus importants, d’où leur départ précipité.
Pour ceux qui veulent en savoir plus sur les vikings, le Viking Ship Museum de Roskilde propose toute une gallerie décrivant leurs voyages et leur vie quotidienne, avec des panneaux en français s’il vous plaît! Une salle de cinéma située en sous-sol complète la visite de manière ludique, qui fait de ce musée un incontournable du Danemark!